mardi, mai 23, 2006

Ne reste pas inactif

Alors, « peuple » de la Martinique « qui ne sait pas faire peuple » disait Aimé Césaire,ne reste pas inactif ;quand les violences urbaines, empreintes souvent de fondamentalisme religieux, les discriminations au logement, à l'embauche, sur les lieux de travail, les violences répressives, toutes complètement racistes, frappent de plein fouet nos familles qui résident en Métropole ; quand se profile à l'horizon une politique « masquée » qui sème le doute sur l'application réelle de l'égalité et met en péril le fondement de la Nation par la remise en cause du droit du sol ; quand notre département semble sombrer dans une absence d'espoir face au taux anormal de violence, combien même elle serait plutôt, dit-on, le fait d'éléments extérieurs et de plus associée à la prolifération du Mal : la drogue, cette substance diabolique de mort qui provoque la décimation de notre jeunesse.
Ne reste pas inactif.En cet instant de recueillement, n'oublions pas qu'Elles, qu'Ils se sont dressé(e)s contre les atteintes aux valeurs intrinsèques de l'être humain d'où la force de leur engagement.
Prouvons notre amour à notre pays, notre Madinina, notre île, mon île oblongue bercée par les alizés, qui repose dans son écrin bleuté et dont les contours déchiquetés sont bordés d'une fange d'écume de diamant.
Alors faisons le serment de participer activement à la vie de notre commune, de notre département, d’œuvrer contre l'installation de tout apartheid social et autre génocide par substitution, de prendre en main, ensemble, notre destin et par notre vigilance, le dialogue, notre détermination de concrétiser les activités humaines qui tissent et entretiennent le maillage social, socle inaliénable de paix, de fraternité et de progrès.
Ayons une pensée pour les victimes des autres crashs.Unissons-nous à leurs familles et,Ensemble, observons une minute de silence.
Bien cordialement.Lucien JOLET, famille de victimes et solidaire.
Saint-Esprit de la Martinique.
Le crash fit 160 victimes dont 8 membres d'équipage colombien.1ère édition corrigée. Persan, Octobre 2005.NotesDémocide : victimes civiles tuées par leur propre gouvernement.

Concernent les massacres liés à la colonisation, à l'occupation militaire ou aux guerres civiles. Rudolph J. Rummel et Le livre noir de l'Humanité.Encyclopédie mondiale des génocides.
Le commentaire de Yves Ternon cité par Elise Marienstras in Le massacre, objet d'histoire, Guerres, massacres ou génocides ? sous la direction de David El Kenz, Gallimard Folio, 2005.

Félix NAL : Lettre ouverte

Un jour … Ce jour de 2005, le destin nous a réunis. Le 16 août 2005, le destin a rassemblé tout le peuple martiniquais et le monde entier. Le 16 août 2005 la fatalité a mis une parenthèse dans notre vie, lourde de conséquences, d’inquiétudes, de peurs, d’angoisses, de moments de folie, de cris et de pleurs, de larmes qui continuent encore et encore dans mon (nos) cœur, qui des fois surgissent sur mon (nos) visage . Nous avons encore du chagrin à fleur de peau, une souffrance latente…

Une date, un jour gravé à tout jamais dans ma (nos) mémoire. Cette fébrilité me surprend moi, moi antillais, martiniquais de surcroît, fier de l’être, avec mes principes que rien n’ébranle : être et laisser paraître, toujours notre joie de vivre, notre bonne humeur, peuple joyeux et chaleureux ! « ça va ? oui, ça va ! » sans jamais laisser apparaître nos peines. Nos visages ont toujours montré nos joies, à croire que ces sentiments de peine, de tristesse, n’étaient pas dans nos gènes. Nous avons cet héritage de nos grands parents, des sentiments refoulés, ces parties de nous même encore taboues (la douleur, la misère…).

J’ai vu pleurer la Martinique, j’ai su qu’elle avait un cœur gros comme ça ! J’ai su aussi que ma (nos) peine (s) ne finirait (ent) pas ce16 août, après la grande émotion qui nous a tous bouleversés, des pleurs et des larmes silencieuses allaient en découler.

Nulle part sur nos visages nous n’avons gardé les stigmates du 16 août, nous familles des victimes, nous n’avons pas encore de marques gravées, visibles à l’œil nu, pour montrer nos peines, pleurer sans raison apparente, ou encore avoir des coups de blues, de solitude, ou simplement de parler peut-être d’une histoire déjà connue, qui fait mal, toujours pas digérée.

J’ai le sentiment de refouler, comme nos grands parents nous l’ont appris, encore une fois mes émotions naturelles. J’ai (nous avons) besoin d’une oreille, d’une personne qui pourra m’(nous) écouter, je (nous) cherche (ons) des gens où les larmes et l’écoute sont encore bafouées ou incomprises. J’ai (nous avons) besoin de pleurer sans pudeur, car ces larmes sont vraies et pleines d’amour, un amour que certains ont peu exprimé tout au long de leur vie à celui qui part toujours trop tôt, comme un voleur qui ne prévient jamais quand il vous dérobe un objet sentimental.

Ces larmes de respect et de dignité qui nous forcent à dire prématurément adieu. Cette parenthèse nous a soudés, nous sommes une force, un combat, une énergie pour honorer vos mémoires à vous les 158 victimes, sans discrimination.

Ma (ta) douleur a franchi les portes du voyeurisme, le fait d’en parler, d’écouter, de pleurer a reflété mon (ton) histoire.

Omer Murte nous disait que l’homme oublie vite, que sa mémoire est courte pour certains événements (l’esprit d’un humain est comme un parapluie : il travaille mieux quand il est ouvert), je pense, je souhaite de toutes mes forces que l’AVCA portera haut et fort « ce cri de douleur, de révolte, ce sentiment d’injustice d’un peuple ».

lundi, mai 22, 2006

MEDITATION SUR LA CROIX; RUFUS, un esclave

Seigneur, Seigneur, je regarde la croix et je prie
- Peux-tu entendre les mots que je prononce ?
Peux-tu voir les choses que je fais ?
Des choses faites par des gens qui te ressemblent ?
Peux-tu briser les chaînes qui entourent mes pieds ?
Peux-tu faire que je ne sois pas battu ?
Peux-tu me redonner ma femme, mon fils, ma fille ?
Peux-tu mettre un terme à l’esclavage ?
Seigneur, Ô Seigneur – peux-tu vraiment nous libérer ?
A y réfléchir, pourquoi est-ce que je m’adresse à toi ?
Ce que je veux dire – c’est : que peux-tu faire ?
Tes mains sont clouées à cette croix.

Comment pourrais-tu jamais être le Grand Patron ?
Tes deux pieds aussi sont cloués – Tu ne peux même pas marcher dans la rue !
Et sur ta tête, cette couronne d’épines,
Empêchera-t-elle de nouvelles idées de naître ?
Seigneur, je ne veux pas avoir l’air prétentieux,
C’est juste que toutes ces choses sont dans mon cœur.
La dernière fois que j’ai pensé à toi,
C’était quand ils avaient lynché mon père, Lou –
Ils lui avaient attaché les mains,
ils lui avaient lié les pieds,
Ils l’avaient fouetté et tailladé, comme on le fait d’un morceau de viande,
Ils l’avaient coupé, ils l’avaient brûlé et juste avant de le laisser mourir,
Ils l’avaient pendu très haut, à un arbre, et il s’était balancé.

Comment ton peuple a-t-il pu faire cela, Seigneur ?
Comment as-tu pu lui donner le pouvoir de l’épée ?
Comment as-tu pu les laisser pendre papa à un arbre,
Toi, à qui ils ont fait la même chose ?
Comment as-tu pu les laisser nous amener ici, comme esclaves,
Par l’immense océan ?
Comment as-tu pu faire cela, Jésus,
N’étais-tu pas le roi des Juifs
–N’étaient-ils pas eux-mêmes brisés et battus.
Frappés et trompés ?
Seigneur,
Ô Seigneur, je n’essaie ps de jouer à l’important,
J’essaie juste de comprendre,
Et si tu ne veux pas me parler,
Laisse-moi, au moins, voir ?
L’vieux prêcheur dit que tu es mort pour les pauvres ;
Cela signifie-t-il que plus jamais nous ne serons pauvres ?
Je n’essaie pas de diriger le paradis,
Je veux juste la liberté, ma famille, l’Amour.
Ils disent que la vie nous a montré la voie de la compassion,
Mais je me demande, s’il en est ainsi,
Pourquoi suis-je l’objet de la haine ?
Eh bien, Seigneur, je crois que je dois partir,
J’aurais juste aimé en savoir un peu plus.
Pense à ça comme à une lettre que je t’aurais écrite,
A une lettre où je t’aurais demandé
Comment les choses pourraient mieux aller
Seigneur, laisse-moi, enfin, te dire que je t’aime,
Parce que tu as connu le mêmeEnfer que nous connaissons aujourd’hui.

Transmis par Angéla
samedi, mai 13, 2006 10:49:25 AM