vendredi, décembre 29, 2006

lundi, septembre 11, 2006

OMBRES DE SILENCE

Sortie du silence de la mer,
Une rose a fleuri ma tombe.
Le vent efface la trace de mes pas ;
je meurs encore.

Des vagues, jaillit le diamant,
pourtant je pleure
sur les souffrances passées.
Il faut mourir, frère !

Sans finpour renaître toujours.
Où meurent les mots, naît la vie.
Près du cyprèschante une source.
Frère, ne pleure plus !
Médite ce mystère :
ceci est l’Homme,
l’Homme est Ceci.

L’eau qui ruisselle
sur tes mains,
sur ton corpsemporte tes larmes.
Ne soit pas triste !

La mort n’est pas la dernière porte
,mais la première,vers le Sans-Nom.
Ne cherche plus !
Et le mystère - sans doute - se révélera.

Ciel sans oiseaux,
terre sans fleurs,
paradis déserté,enfer sans flammes.

N’ai-je vécu que pour voir cela ?
Ce gouffre sera-t-il ma tombe ?
Nous ne sommes pas maudits,
nous sommes oubliés.

Délaissant les cieux agités,
les oiseaux - muets,
regagnent la forêt.
Le vent aussiinterrompt sa course folle
laissant à l’abandon
moulins et nuages.

Puis le soleilsuspendu - inutiled’un coup,
cesse d’égrener les heures.
Au fond de la vallée,
plus seul que le loup,
attend le pèlerin.

En sa chair que mutila le long voyage
se fanent les désirs.
Aux lèvres plissées
pend l’amertume - le chagrinde tant de tromperies.

Feux éteints du regardoù passent - troubles,
des lambeaux d’espoirs
partis fil à fil.

Oseras-tu, pèlerin,
avant ta mort prochaine,
l’ultime blasphème ?
Oseras-tu
d’un motd’un gesterenierl'infâme comédie ?

Et ne vouloir
désormais
que le silence ?
Si demainou ce soir
je plonge dans le grand silence,
u'aurais-je perdu ?

Sinon des rêves...

Gilbert Anken

mardi, juin 20, 2006

mardi, mai 30, 2006

L'amour ne disparaît jamais..........

L'amour ne disparaît jamais,
la mort n'est rien.
Je suis seulement passé dans la pièce à coté,
je suis moi, tu es toi.
Ce que nous étions l'un pour l'autre
nous le sommes toujours.
Donne-moi le nom
que tu m'as toujours donné.
Parle-moi comme tu l'as toujours fait.
N'emploie pas un ton différent,
ne prends pas un air solennel ou triste.
Continue à rire
de ce qui nous faisait rire ensemble.
Prie, souris, pense à moi.
Prie pour moi,
que mon nom soit prononcé
à la maison, comme il l'a toujours été,
sans emphase d'aucune sorte,
sans trace d'ombre.
La vie signifie tout,
ce qu'elle a toujours signifié.
Elle est tout ce qu'elle à toujours été.
Le fil n'est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de ta pensée
simplement parce que je suis hors de ta vie ...
Je t'attends, je ne suis pas loin,
juste de l'autre côté du chemin.
Tu vois tout est bien

Henri SCOTT

COMME UN BATEAU QUI S'EN VA

Voici que je me tiens sur le rivage de la mer.
Un navire appareille.
Il déploie ses voiles blanches à la brise du matin
et cingle vers l'océan.
C'est là un objet de beauté, et je restais à le regarder
jusqu'à ce qu'enfin, ils'efface à l'horizon,
et que quelqu'un à mes cotés dise :
"Il est parti".
Parti où ? Parti de ma vue, c'est tout.
Il garde la même taille, m^ts, bastingages, et coque,
que lorsque je le voyais, et il est tout aussi capable
de porter son fardeau et son fret vivant à sa destination.
Qu'il diminue, qu'il echappe totalement à ma vue,
voilà qui est en moi, pas en lui;
et juste au moment où quelqu'un dit à mes côtés:
"Il est parti", voici que d'autres le regardent venir
et d'autres voix s'élèvent,
"Le voici, il vient " .
C'est cela qu'on appelle mourir .

William BLAKE
Transmis par Angéla

Sortie du silence de la mer,
une rose a fleuri ma tombe.

Le vent efface la trace de mes pas ;
je meurs encore.

Des vagues, jaillit le diamant,
pourtant je pleure sur les souffrances passées.

Il faut mourir, frère !
ans fin pour renaître toujours.
Où meurent les mots,
naît la vie.

Près du cyprès chante une source.
Frère, ne pleure plus !
Médite ce mystère :
ceci est l’Homme,
l’Homme est Ceci.


L’eau qui ruisselle
sur tes mains, sur ton corps
emporte tes larmes.


Ne soit pas triste !
La mort n’est pas la dernière porte,
mais la première,vers le Sans-Nom.

Ne cherche plus !
Et le mystère - sans doute - se révélera.

Ciel sans oiseaux,
terre sans fleurs,
paradis déserté,
enfer sans flammes.
N’ai-je vécu que pour voir cela ?
Ce gouffre sera-t-il ma tombe ?
Nous ne sommes pas maudits,
nous sommes oubliés.
Délaissant les cieux agités,
les oiseaux - muets,regagnent la forêt.

Le vent aussi interrompt sa course folle laissant à l’abandon
moulins et nuages.

Puis le soleil suspendu – inutile d’un coup,
cesse d’égrener les heures.

Au fond de la vallée,
plus seul que le loup,
attend le pèlerin.

En sa chair que mutila le long voyage se fanent les désirs.
Aux lèvres plissées pend l’amertume -
le chagrin de tant de tromperies.

Feux éteints du regard où passent - troubles,
des lambeaux d’espoirs partis fil à fil.

Oseras-tu, pèlerin,
avant ta mort prochaine,
l’ultime blasphème ?

Oseras-tu
d’un mot
d’un geste renier l'infâme comédie ?

Et ne vouloir désormais que le silence ?
Si demain ou ce soir je plonge dans le grand silence,
qu'aurais-je perdu ?

Sinon des rêves...

Gilbert Anken

mardi, mai 23, 2006

Ne reste pas inactif

Alors, « peuple » de la Martinique « qui ne sait pas faire peuple » disait Aimé Césaire,ne reste pas inactif ;quand les violences urbaines, empreintes souvent de fondamentalisme religieux, les discriminations au logement, à l'embauche, sur les lieux de travail, les violences répressives, toutes complètement racistes, frappent de plein fouet nos familles qui résident en Métropole ; quand se profile à l'horizon une politique « masquée » qui sème le doute sur l'application réelle de l'égalité et met en péril le fondement de la Nation par la remise en cause du droit du sol ; quand notre département semble sombrer dans une absence d'espoir face au taux anormal de violence, combien même elle serait plutôt, dit-on, le fait d'éléments extérieurs et de plus associée à la prolifération du Mal : la drogue, cette substance diabolique de mort qui provoque la décimation de notre jeunesse.
Ne reste pas inactif.En cet instant de recueillement, n'oublions pas qu'Elles, qu'Ils se sont dressé(e)s contre les atteintes aux valeurs intrinsèques de l'être humain d'où la force de leur engagement.
Prouvons notre amour à notre pays, notre Madinina, notre île, mon île oblongue bercée par les alizés, qui repose dans son écrin bleuté et dont les contours déchiquetés sont bordés d'une fange d'écume de diamant.
Alors faisons le serment de participer activement à la vie de notre commune, de notre département, d’œuvrer contre l'installation de tout apartheid social et autre génocide par substitution, de prendre en main, ensemble, notre destin et par notre vigilance, le dialogue, notre détermination de concrétiser les activités humaines qui tissent et entretiennent le maillage social, socle inaliénable de paix, de fraternité et de progrès.
Ayons une pensée pour les victimes des autres crashs.Unissons-nous à leurs familles et,Ensemble, observons une minute de silence.
Bien cordialement.Lucien JOLET, famille de victimes et solidaire.
Saint-Esprit de la Martinique.
Le crash fit 160 victimes dont 8 membres d'équipage colombien.1ère édition corrigée. Persan, Octobre 2005.NotesDémocide : victimes civiles tuées par leur propre gouvernement.

Concernent les massacres liés à la colonisation, à l'occupation militaire ou aux guerres civiles. Rudolph J. Rummel et Le livre noir de l'Humanité.Encyclopédie mondiale des génocides.
Le commentaire de Yves Ternon cité par Elise Marienstras in Le massacre, objet d'histoire, Guerres, massacres ou génocides ? sous la direction de David El Kenz, Gallimard Folio, 2005.

Félix NAL : Lettre ouverte

Un jour … Ce jour de 2005, le destin nous a réunis. Le 16 août 2005, le destin a rassemblé tout le peuple martiniquais et le monde entier. Le 16 août 2005 la fatalité a mis une parenthèse dans notre vie, lourde de conséquences, d’inquiétudes, de peurs, d’angoisses, de moments de folie, de cris et de pleurs, de larmes qui continuent encore et encore dans mon (nos) cœur, qui des fois surgissent sur mon (nos) visage . Nous avons encore du chagrin à fleur de peau, une souffrance latente…

Une date, un jour gravé à tout jamais dans ma (nos) mémoire. Cette fébrilité me surprend moi, moi antillais, martiniquais de surcroît, fier de l’être, avec mes principes que rien n’ébranle : être et laisser paraître, toujours notre joie de vivre, notre bonne humeur, peuple joyeux et chaleureux ! « ça va ? oui, ça va ! » sans jamais laisser apparaître nos peines. Nos visages ont toujours montré nos joies, à croire que ces sentiments de peine, de tristesse, n’étaient pas dans nos gènes. Nous avons cet héritage de nos grands parents, des sentiments refoulés, ces parties de nous même encore taboues (la douleur, la misère…).

J’ai vu pleurer la Martinique, j’ai su qu’elle avait un cœur gros comme ça ! J’ai su aussi que ma (nos) peine (s) ne finirait (ent) pas ce16 août, après la grande émotion qui nous a tous bouleversés, des pleurs et des larmes silencieuses allaient en découler.

Nulle part sur nos visages nous n’avons gardé les stigmates du 16 août, nous familles des victimes, nous n’avons pas encore de marques gravées, visibles à l’œil nu, pour montrer nos peines, pleurer sans raison apparente, ou encore avoir des coups de blues, de solitude, ou simplement de parler peut-être d’une histoire déjà connue, qui fait mal, toujours pas digérée.

J’ai le sentiment de refouler, comme nos grands parents nous l’ont appris, encore une fois mes émotions naturelles. J’ai (nous avons) besoin d’une oreille, d’une personne qui pourra m’(nous) écouter, je (nous) cherche (ons) des gens où les larmes et l’écoute sont encore bafouées ou incomprises. J’ai (nous avons) besoin de pleurer sans pudeur, car ces larmes sont vraies et pleines d’amour, un amour que certains ont peu exprimé tout au long de leur vie à celui qui part toujours trop tôt, comme un voleur qui ne prévient jamais quand il vous dérobe un objet sentimental.

Ces larmes de respect et de dignité qui nous forcent à dire prématurément adieu. Cette parenthèse nous a soudés, nous sommes une force, un combat, une énergie pour honorer vos mémoires à vous les 158 victimes, sans discrimination.

Ma (ta) douleur a franchi les portes du voyeurisme, le fait d’en parler, d’écouter, de pleurer a reflété mon (ton) histoire.

Omer Murte nous disait que l’homme oublie vite, que sa mémoire est courte pour certains événements (l’esprit d’un humain est comme un parapluie : il travaille mieux quand il est ouvert), je pense, je souhaite de toutes mes forces que l’AVCA portera haut et fort « ce cri de douleur, de révolte, ce sentiment d’injustice d’un peuple ».

lundi, mai 22, 2006

MEDITATION SUR LA CROIX; RUFUS, un esclave

Seigneur, Seigneur, je regarde la croix et je prie
- Peux-tu entendre les mots que je prononce ?
Peux-tu voir les choses que je fais ?
Des choses faites par des gens qui te ressemblent ?
Peux-tu briser les chaînes qui entourent mes pieds ?
Peux-tu faire que je ne sois pas battu ?
Peux-tu me redonner ma femme, mon fils, ma fille ?
Peux-tu mettre un terme à l’esclavage ?
Seigneur, Ô Seigneur – peux-tu vraiment nous libérer ?
A y réfléchir, pourquoi est-ce que je m’adresse à toi ?
Ce que je veux dire – c’est : que peux-tu faire ?
Tes mains sont clouées à cette croix.

Comment pourrais-tu jamais être le Grand Patron ?
Tes deux pieds aussi sont cloués – Tu ne peux même pas marcher dans la rue !
Et sur ta tête, cette couronne d’épines,
Empêchera-t-elle de nouvelles idées de naître ?
Seigneur, je ne veux pas avoir l’air prétentieux,
C’est juste que toutes ces choses sont dans mon cœur.
La dernière fois que j’ai pensé à toi,
C’était quand ils avaient lynché mon père, Lou –
Ils lui avaient attaché les mains,
ils lui avaient lié les pieds,
Ils l’avaient fouetté et tailladé, comme on le fait d’un morceau de viande,
Ils l’avaient coupé, ils l’avaient brûlé et juste avant de le laisser mourir,
Ils l’avaient pendu très haut, à un arbre, et il s’était balancé.

Comment ton peuple a-t-il pu faire cela, Seigneur ?
Comment as-tu pu lui donner le pouvoir de l’épée ?
Comment as-tu pu les laisser pendre papa à un arbre,
Toi, à qui ils ont fait la même chose ?
Comment as-tu pu les laisser nous amener ici, comme esclaves,
Par l’immense océan ?
Comment as-tu pu faire cela, Jésus,
N’étais-tu pas le roi des Juifs
–N’étaient-ils pas eux-mêmes brisés et battus.
Frappés et trompés ?
Seigneur,
Ô Seigneur, je n’essaie ps de jouer à l’important,
J’essaie juste de comprendre,
Et si tu ne veux pas me parler,
Laisse-moi, au moins, voir ?
L’vieux prêcheur dit que tu es mort pour les pauvres ;
Cela signifie-t-il que plus jamais nous ne serons pauvres ?
Je n’essaie pas de diriger le paradis,
Je veux juste la liberté, ma famille, l’Amour.
Ils disent que la vie nous a montré la voie de la compassion,
Mais je me demande, s’il en est ainsi,
Pourquoi suis-je l’objet de la haine ?
Eh bien, Seigneur, je crois que je dois partir,
J’aurais juste aimé en savoir un peu plus.
Pense à ça comme à une lettre que je t’aurais écrite,
A une lettre où je t’aurais demandé
Comment les choses pourraient mieux aller
Seigneur, laisse-moi, enfin, te dire que je t’aime,
Parce que tu as connu le mêmeEnfer que nous connaissons aujourd’hui.

Transmis par Angéla
samedi, mai 13, 2006 10:49:25 AM

jeudi, mai 18, 2006

16 Août 2005 - De La Cucharita

Oui, c'est le retour des êtres sacrés car c'est l'état des humains sous toutes les latitudes. Et comment peut-il en être autrement quand des hommes, des femmes rompant avec l'obscurantisme et l'absolutisme inscrivirent dans le marbre les « immortels principes » qui interdisent toute atteinte à leur intégrité : la Liberté, l'ةgalité, la Fraternité.
Des mots qui interdisent les : génocide, massacre et sacrifice de leur personne. Certes cette générosité (naissance de la Nation, 1789), excluait les habitants des colonies où trimèrent nos aïeux, innocents et martyrs eux aussi, mais un jour vint et il fallut bien reconnaître l'état de fait moult fois décrié. Mais, que de résistances à leur application, aujourd'hui encore! Cet état permanent de sacralisation, depuis le 16 août, les sanctifie.
Oui, ce sont bien nos Innocents qui reviennent définitivement dans les entrailles de leur douce Mère, la Martinique. Du tarmac aux villes meurtries, les voitures funéraires transportèrent les lourds « sarcophages » de bois précieux entre une haie humaine, recueillie, silencieuse, parfois serrée ou encore reliée par la main, massée sur le parcours. Et partout, le silence.
Même les oiseaux, plutôt diserts, respectaient ce silence.
La Martinique pleurait silencieusement.
La ville pleurait aussi. Elle était là, totale, sa population rassemblée espérant voir les visages. Mais de visages point. Il n'y avait que le bruit du bois qui racle le fond du corbillard, les ordres calmes et feutrés des officiants. Il n'y avait que de la douleur, du chagrin et rien d'autre.
Alors l'émotion à son paroxysme éclata en cris, en sanglots, en appels, en étourdissements.
L'air souffrait, les familles pleuraient, tout le monde pleurait et pleurait encore.
Nos Frères et Sœurs disparus reposaient dans le vaste mausolée envahi par une affluence, hors du commun, et débordante d'affection.
La place démesurément vide de cercueil, où trônait l'Effigie de celles et ceux dont les corps n'ont pas été retrouvés, ajoutait à l'intensité du drame.
L'atmosphère, le poids du recueillement, comme une chape de plomb, semblaient étouffer le public. La cérémonie officielle d'accueil débuta respectueuse, sobre, em­preinte de solennité dans un silence parfait.
Elle capta un instant l'attention mais les pensées côtoyaient le souvenir de leur vivacité. La salle, impénétrable, ne désemplissait et pourtant, le souffle de vie soucieux de préservation, écartait les atomes de l'air pour permettre une fluidité de mouvement.
Dehors, il en était de même et toujours sur les visages on y lisait : l'incompréhension, la désolation, la douleur et une sourde rancœur.
A voir couler sur les joues ces larmes tristes, chacun en somme, d'où qu'il vint, s'identifiait aux familles des victimes.
Nous étions, ombres à la dérive, annihilés par les maux diffus que provoque la souffrance ultime.
Automates, nous avons satisfait à la sensorialité du toucher.
Nous avons avancé la main, parcouru l'écorce polie de leur enveloppe matérielle, établi, par delà toute conscience, le contact avec Elles et Eux dans l'Au-delà.
Les visages se détendirent lentement sans effacer le masque de l'angoisse.
Des récits s'échangeaient dé-ci, dé-là.
La mé­moire était lucide et pour preuve la profusion de détails, les réparties.
Dans ce retour vers le passé, on se surprenait à les mimer puis on riait derrière les larmes.
Mais la réalité était là, inexorable, on finissait par atterrir au milieu de nous-mêmes, brutalement, et les pleurs reprenaient le dessus provoquant sans attendre un entourage fraternel.
La nuit durant, des « pèlerins » allaient de villes blessées aux familles pour partager désespérance et affliction dans un profond respect.
Et nous avons veillé, prié et prié encore jusqu'au petit matin, jamais il y eut tant d'amour partagé. Les morts, eux, étaient là, ils nous renvoyaient à la vie. Nous n'avons manqué de rien.
l y avait de la part des responsables et de leurs équipes comme une mission indéfinissable, inlassablement neuve, amoureusement remplie dont l'acquittement équivalait à une fusion en chacun de nous, pour renforcer notre courage.

30 Octobre 2005 -
El ULTIMO VIAJE.
En ce tôt matin, une foule silencieuse et plus impressionnante encore se pressait aux portes, s'y frayer un passage fut aussi laborieux qu'à l'intérieur. On eût dit que le pays entier s'était donné rendez-vous pour ce dernier adieu à travers la cérémonie religieuse.
L'instant était irréel, les chants envahirent l'espace, le ciel que des nuages blancs décoraient, enveloppant les morts, réconfortant les vivants. Nous baignions dans une douce quiétude, une sorte d'apaisement, de communion même et sur cette assemblée réunie,... l'Esprit veillait.
La fin de l'office annonça l'heure de la séparation ordonnée par un servant.
Alors, un à un, selon un rituel immuable se formèrent les cortèges. En tête, les enfants, des amis, les mar­bres, les gerbes, les couronnes, l'Effigie puis nos Frères, nos Sœurs installés dans le corbillard suivis de leurs famil­les, de leurs amis pour leur ultime voyage.
Le soleil drapait la scène de sa lumière dorée. Je levai les yeux et alors, je vis comme des créatures célestes, qui évoluaient gracieusement sous le regard placide de la Sagesse, unissant la terre et le ciel. Pour sûr, il se passait quelque chose d'indéfinissable.
Le dernier voyage s'arrêta aux bouches béantes du sépulcre.
La Martinique s'arrêta une fois encore, et un tourbillon de malaises saisit les présents.
Du profond silence, où le bruit des pas était inaudible, jaillit une souffrance plus grande encore. Le cimetière ruisselait de larmes, convulsait de désespoir.
Le fossoyeur patient et digne attendait. Le fallait-il ?
Des cris déchirants précédèrent l'inéluctable : Gaïa, la mère ouverte, réclamait ses enfants pétris dans la « herencia africana », poussière transgénérationnelle, plusieurs fois métisse du continent originel. Des nuages gris se formèrent à l'est, roulèrent vers l'ouest puis virèrent au rouge, diaprés de noir, grondants.
Ils coiffèrent le sommet de la Montagne du Vauclin, recouvrirent de leur ombre le Morne du Calvaire, manifestant leur courroux et jusqu'au dernier moment ils planèrent là, suspendus, menaçants. Les alizés dispersèrent une « fifine la pli » comme des embruns, comme déjà la veille et le matin, sur la foule mêlée.
Et la Terre se referma ensevelissant à jamais les lourds sarcophages.
Dans le tertre funéraire, les dépouilles de treize Enfants, sept à droite et six à gauche, reposent sous la pro­tection des bras étendus de l'Homme au flanc percé dont les mains, les pieds furent, jadis, cloués sur une croix qui se dresse, à la mémoire de tous, sur le Morne du Calvaire, et la bienveillance millénaire de la Montagne du Vauclin (504 m), des Mornes Babet, Bal d'Ara, David, Dégras, Firmin, Gommier, La Valeur, Magdelonnette, Régale (495m), Vent et Vieille Citerne… Sur les tombes et le tertre furent déposés les marbres de témoignage, les couronnes et les gerbes de fleurs de notre richesse tropicale.
On y plaça, dans le plus grand calme, les Effigies de la mémoire et de la douloureuse absence, puis les lumières.
Le merveilleux soleil ouessant resplendissait en une apothéose de lumière douce couleur miel d'abeille qui inondait leurs demeures.
Le drame était consommé.
Puis le cimetière, les rues se vidèrent comme par enchantement.
La ville resta ainsi plongée dans la torpeur jusqu'à la nuit. Sur les coups de vingt et une heures, des larmes pluvieuses intarissables s'abattirent sur elle, le ciel pleurait. Les dieux d'Afrique pleuraient.
Les éclairs zébrèrent la nue, Shango déflagra sa colère, déchaîna le tonnerre qui roulait sur le sol. L'onde de choc était si puissante qu'elle faisait vibrer les maisons.
Dans la nuit tropicale en furie, avec nos cœurs éprouvés, nous pensions à eux, nous avons uni nos larmes, nous avons inondé le lit. Et dans le doux Enfer des entrailles de Madinina, les Enfants fraîchement enterrés recevaient leur céleste bénédiction. Plus tard, les portes du septième ciel s'ouvriront et ils pourront alors, comme celles et ceux qui nous ont quittés, purifier et féconder Gaia, la Terre nourricière, orishas pour l'éternité.


HOMENAJE A TODOS VENEZUELA
Al Coronel Hugo Chavez, Presidente de la Repْblica bolivariana de Venezuela.
A las Autoridades polيticas, civiles, militaras y religiosas asi como los Profesionales sanitarios, al Pueblo venezolano entero por su movilizaciَn y abnegaciَn, por su inmenso humanismo demostrados en el trato dado a este trلgico acontecimiento. Deseo, con todas mis fuerzas que, nunca mلs, nadie sucumbirل, nunca mلs, nadie vivirل la desapariciَn de un ser querido por causa de esta concepciَn de economيa ultra liberal en la gestiَn de servicios comerciales (services marchands). Igualmente que este drama de la destrucciَn de vidas humanas pudiera ser la ocasiَn de reforzar los lazos geo-ambientales para intercambios basados en el respeto del Otro. Gracias por la escucha, por vuestra disponibilidad, por haber hecho nuestro dolor vuestro. Gracias, mil gracias aunque esta simple palabra no sea suficiente. Les estamos eternamente agradecidos y los llevaremos gravados en la memoria de Nuestra Tierra. Fraternalmente.

FRANCE
A Monsieur Jacques Chirac, Président de la République française.
Monsieur François Baroin, Ministre des Départements et Territoires d'Outre-Mer,
Monsieur le Préfet de Région, Madame,
Messieurs les Présidents de Conseil Général et Régional, Mesdames, Messieurs les ةlu-es, aux Autorités civiles, politiques, syndicales, militaires et religieuses, aux Professionnels de santé et d'aide à la personne, aux Responsables des équipes d'intervention, au Personnel des Administrations et Collectivités locales, au Monde associatif, sportif, des arts et de la communication, aux Bénévoles et à la Population citoyenne universelle d'ici et de là-bas.

Merci pour l'écoute, votre disponibilité, pour avoir fait Vôtre notre douleur.
Merci, inlassablement
Merci, si tant est que ce simple mot puisse à jamais suffire.
Nous vous devons notre reconnaissance renouvelée que nous gravons dans la mémoire de Notre Terre.

LE PREMIER NOثL SANS EUX.
Pour la première fois, il manquera à la traditionnelle fête de Noël ; des rires, des vocalises, des soneros, des rumberos, des mizik djole, des histoires drôles et que sais-je encore. Pour la première fois, leur place sera vide. Les « chanté noèl », dès le premier dimanche de l'Avent raviveront les souvenirs. Lors de ces moments de convivialité extraordinaires les familles, les amis se visitent, partagent (tournée) jusqu'au jour de la Nativité. Des temps reculés (esclavage), cette période apportait un répit à l'exploitation inhumaine.
Havre de paix dans un univers de « fouet », la situation changea et la coutume resta. Noël, c'était aussi l'occasion de venir fêter avec la famille vivant en Europe. Que de joies éprouvées en ces instants, nous étions suspendus à leurs lèvres, avides de connaître « lé dènié fwé» (nouvelles fraîches) du pays autour d'un verre de notre boisson locale. Que de papilles excitées par les arômes que dégagent les spécialités préparées à notre intention. Et puis, ce sont surtout les bienfaits que procurait leur séjour, riche d'émotions et d'amour frater­nel qui tropicalisent l'environnement, fondent la neige et vous dopent d'une énergie pour mieux supporter la distan­ce kilométrique et la distanciation des relations hexagonales.
Nos questions étaient multiples, le bonheur était là, à portée de mains, il nous irradiait, nous l'avons vécu. Vivre la réalité de la métropole est une dolorité quand la mélanine s'oppose à la Raison et réduit l'universalité de la démarche citoyenne, et que le racisme ordinaire finissent par vous pourrir la vie.
Une situation de pleine amertume dont le réalisme existentiel n'offre aucune solution logique tant que toute l'Histoire ne sera établie, que le passé ne soit approfondi.
En quittant ce monde, ils nous ont laissé un message : vivre ensemble et maintenir fortement les liens qui nous unissent.
Et puisque la fin d'année se prête très bien à la joie, alors, faisons comme s'ils étaient là. Chantons pour avoir davantage de courage, imitons-les si cela doit nous aider à surmonter cette « boule », cette étreinte qui bloque la respiration et le cœur.
Je sais que tous ensemble nous saurons, quelque soit le lieu, faire converger la force de nos pensées sans oublier les familles colombiennes et celles des autres crashs.
Elles, Ils auraient voulu que cela se passe ainsi.
Faisons cela en leur mémoire.
ans leurs nouvelles demeures, qui sait ? Ils ont dû déjà rencontrer les artistes de la chanson dont ils raffolaient les succès comme par exemple Eugène qui fustigeait « lé missié kwiminel la pa ka joué », Loulou la légende, Léona Gabriel, aux chansons interdites aux enfants, Stellio, Ti Emile, Edith, Max, Marius, Vélo, Weber Nemours, Ti Mano, Célia, Tito, Pete El Conde, Hector Lavoe, Abelardo, Ismaël, Pedro, Papaïto, Hugo, Arsenio, Perez, Billo, Curet, Nico el Compay, Orlando, Miguelito, Luيs, Jerry, Benny, Bob, Jimmy, Miles, Marvin, Otis, Aretha, Ray et bien d'autres encore, ceux des groupes mythiques comme la Sonora Matancera, des Combo, des Orquesta et autres Conjunto... ainsi que les parents et amis partis un jour dont le souvenir contribue à notre richesse patrimoniale et à notre épanouissement personnel.

Il est coutume à la nouvelle année de « rendre visite » à celles et ceux qui nous ont laissés. Certains, pour des raisons économiques évidentes, ne pourront effectuer ce déplacement. Ils auront à cœur de garder un moment de silence avec vous, pour Tous.

Et quand vous fleurirez la tombe, déposerez la lumière nous serons Ensemble. Je vous souhaite de passer d'agréables fêtes de fin d'année.

Feliz Aٌo Nuevo 2006 Cordialement. Lucien JOLET, famille de victimes et solidaire. Saint-Esprit de la Martinique. Le crash fit 160 victimes dont 8 membres d'équipage colombien. 2ème édition corrigée. Persan, décembre 2005.

NOTES
Les immortels principes -
La convocation des ةtats généraux fait suite à une période de crise sociale profonde : endettement croissant, révoltes, intrigues de cour, disettes... Le peuple ne peut plus satisfaire aux exigences de l'impôt, les caisses sont désespérément vides, le système est voué à l'échec malgré les divers remaniements ministériels. Il ne reste plus, pour sauver la monarchie, qu'à faire supporter les réformes indispensables par le clergé et à la noblesse exemptés d'impôts, jouissant de privilèges exorbitants (ils peuvent aussi lever des impôts et taxes).
Prévu pour 1789, Louis XVI demande la rédaction de cahiers de doléances. De ces cahiers, il en ressortira la demande d'égalité devant l'impôt notamment mais aussi une approche de ce qui se traduira par la rédaction de la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen en 1789. Le 21 juillet 1788, l'Assemblée de Vizille avait refusé les ةdits de Mai 1788 (réforme de la justice). Cette initiative avait essaimé dans tout le royaume et préparait les événements de 1789 que Michel Winock qualifiera deux cents ans plus tard « l'année sans pareille ». Ouvert le 5 mai à Versailles, les députés n'ont eu de cesse à rénover l'univers sociétal du royaume. L'ordre ancien (l'Ancien régime) allait enfin faire place à la modernité, non sans mal. En août, un Comité de cinq membres (Comité des Cinq) est chargé de rédiger une synthèse de ces documents pour figurer dans la Constitution. C'est Mirabeau qui, le 14, aura la charge de présenter le résultat du travail commis. Après la lecture des dix-neuf articles, il conclut en ces termes face à un auditoire ravi et flatté « ...la liberté générale bannira du monde entier les absurdes oppressions qui accablent les hommes, les préjugés d'ignorance et de cupidité qui les divisent, les jalousies insensées qui tourmentent les nations, et fera renaître une fraternité universelle, sans laquelle tous les avantages publics et individuels sont si douteux et si précaires.» Les députés débattent jusqu'au 26 août où est voté le dix-neuvième et dernier article. Ce jour mémorable, la liberté, l'égalité, la résistance à l'oppression, la liberté de croire, de penser etc... ces immortels principes fixaient le socle laïque de la nation. Un bémol toutefois. Des habitants des colonies, seuls les colons étaient représentés par leur séide, Moreau de Sant-Méry, riche propriétaire d'esclaves à Saint-Domingue. Il était assisté, pendant ses absences, par l'abbé Maury très acharné à l'achat d'un titre ecclésiastique et qui se targuait de disposer de 20 000 livres de rentes. Gracchus Babeuf disait de lui qu'il était le pire des « hommes en soutane ». Les esclaves ne devaient rien obtenir de cette concoction de faits. Les débats coloniaux engagés de nuit (sic) ne traitaient que d'intérêts dont la liberté serait nocive pour les nouvelles fortunes induites et l'économie de la nation nouvelle. La « couleur » avait été affichée le 4 août 1789 où leur situation ne fut évoquée et par conséquent exclus de la « nuit de générosité » qui vit fondre les privilèges et se concrétiser la réconciliation nationale.
Une « nuit de dupes » dira plus tard Aimé Césaire, Les ةtats-généraux sont une institution qui remonte au Moyen-âge. Ils avaient été réunis pour la dernière fois le 27 octobre 1614 par Marie de Médicis, veuve de Henri IV et régente de Louis XIII (1601-1643) aux fins de remédier à l'affaiblissement de la monarchie face aux rivalités croissantes (Concini, prince de Condé, les Guise et le mariage du jeune roi d'avec l'infante d'Espagne). Le résultat n'a pas répondu aux attentes, des promesses fiscales non tenues l'ont discréditée.
Louis XIII fut déclaré majeur le 20 novembre de la même année, il avait 13 ans.

Herencia africana - héritage africain, titre d'un succès colombien.

Montagne du Vauclin (504 m) - située dans la partie Sud-Est atlantique. Elle fait partie de la chaîne volcanique sous-marine Vauclin-Pitault édifiée durant le Miocène moyen qui est la troisième période de l'ère Tertiaire entre l'Oligocène et le Pliocène (65 millions d'années).
Cette chaîne volcanique est le résultat de l'activité de grands accidents tectoniques qui ont ouvert des fissures par où le magma a pu gagner la surface. Elle est considérée comme un trait-d'union entre l'arc insulaire caraïbe ancien qui remonte à l'ةocène inférieur (50 millions d'années) qui cesse toute activité à la fin de l'Oligocène et l'arc actuel qui émerge au début du Pliocène dont l'activité se poursuit de nos jours. L'émergence de strato-volcans hautement explosifs comme la montagne Pelée et autres volcans fissuraux effusifs comme le Morne Jacob datent du Pliocène. In Guide géologiques régionaux, D. Westercamp etH.Tazieff, Paris, Masson, 1980.

Morne du Calvaire - offert par Joseph Hayot, (grande famille de Békés - Martinique) à la paroisse pour remerciement à la Providence d'avoir épargné sa vie lors d'un autre crash mémorable, celui du Latécoère. Cet avion ramenait entre autre en Métropole, le montant des dons récoltés dans chaque paroisse en l'honneur de la Vierge du Grand Retour, une grande escroquerie religieuse de l'époque. Ce même jour était inauguré le bar « Les Délices du coin » par feue Laurence Braillon. Ndlr.

Morne - de l'espagnol Morro, petite colline.

Schango dieu du tonnerre,

Orisha dieu - divinité africaine du culte vaudou transporté par les esclaves aux colonies. Il survit à Cuba (Santeria), au Brésil (Candomble ou Macumba), en Haïti (Vaudou) mais aussi est en recrudescence aux îles françaises.

Mizik djole - imitation des instruments d'un orchestre avec la voix. Sonero - improvisation du chanteur de musique afro-caribéenne.

Rumbero - amoureux (Rumba rumbero correspond à une époque mythique). Repris à l'époque par un des chantres de la musique antillaise pour symboliser le plaisir d'exister « an ka senti an ka rumba, rumba »

Fouet - « Le fouet est une partie intégrante du régime colonial, le fouet en est l'agent principal ; le fouet en est l'âme ; le fouet est la cloche des habitations,
i l annonce le moment du réveil, et celui de la retraite ; il marque l'heure de la tâche ;
le fouet encore marque l'heure du repos ; et c'est au son du fouet qui punit les coupables, qu'on rassemble soir et matin le peuple d'une habitation pour la prière ;
le jour de la mort est le seul jour où le nègre goûte l'oubli de la vie sans le réveil du fouet.
le fouet, en un mot, est l'expression du travail aux Antilles. » Victor Schoelcher.

jeudi, avril 20, 2006

Lucien JOLET: 16 Août 2005. POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS.

Voilà bientôt deux mois qu'Elles, qu'Ils nous ont laissés.
Beaucoup d'entre-nous les côtoient tant est puissant l'amour qui nous unissait.
De cet amour magnifié par leur disparition, les plus proches les revoient en rêve.


Ils échangent, puis s'évanouissent, nous abandonnant, éveillés, peu ou prou rassurés, en tout état de cause, interrogateurs.


Des « instants de vie » bouleversent votre inconscient, il me semble les entendre parler, rire, vivre et l'on se surprend à répondre, on se déplace à leur intemporelle rencontre.

C'est quoi donc la vie ?

Certains ouvrent un livre de prières, d'autres évacuent silencieux, enfin essaient, d'autres encore, endoloris s'alanguissent.
Ils sont, comme suspendus entre hier (avant) et aujourd'hui (l'instant présent), dans l'invisibilité du demain.Dans cet espace abstrait, qui prend davantage de place par rapport à la quête du futur, il n'y a que le silence, rien que le silence, l'indéfectible silence.

D'existence point, vous êtes décontextualisés, sans aucun repère, happés par l'immatérialité, vous ne pouvez rien, l'intemporalité règne.
Quand enfin vous revenez du coma debout, l'angoisse prend le relais.
La question sans réponse vous taraude jusqu'à faire poindre en vous une haine sourde, vengeresse, totale.La vie d'un être humain peut-elle valoir « une poignée de dollars » ?

Car c'est bien de cela qu'il est question, du respect des normes existentielles pour préserver l'humanité des drames et des traumas « gratuits ».

L'être humain est-il devenu pour ses frères, les jetons du jackpot des casinos ?
Et si tel est le cas, comment a-t-on pu laisser faire et continuer à faire.
Notre société humaine serait-elle gérée par des « thanathocrates » ?
Oh ! Malédiction immanente, que ne peux-tu les frapper tous ?
Quelle dose de sang sera-t-il nécessaire pour arrêter ces dénis de l'humain qui induisent ces « massacres » télégéniques quotidiens ?
Qui peut œuvrer pour que la Terre cesse de devenir veuve ?

Le compassionnel de l'institution (cérémonie officielle), décrié par certains, vaut pour le réconfort qu'il apporte aux familles des victimes.

Il n'efface ni la douleur, et encore moins le sentiment d'injustice attaché à la méthodologie du drame (d'autres tragédies ont mis en lumière la dangerosité de la primauté de rentabilité sur la sécurité, autrement dit, tant que ça ne tombe pas...), toujours est-il que les prestataires sont tenus par une taxation plutôt draconienne dont les produits sont redistribués aux citoyens (un cercle vicieux/vertueux qui déresponsabilise et accrédite la culture de mort).

Ce sentiment d'injustice fait écho à celui né de l'occultation de l'histoire dont les comportements « ensauvagés » en recrudescence sont autant de béances douloureuses par le surgissement d'un passé, pas si lointain.

Un passé oralité qu'une transcription volontaire (hors la vision normative qui accrédite la colonisation positive — loi du 23 février 2005) étale au grand jour et permet l'expression d'une population infra-citoyenne.

Le compassionnel reconnaît donc implicitement la totalité des situations et des causes qui les génèrent.Il n'empêche qu'il a fallu la mobilisation des ultramarins et de la diaspora pour déclencher ce mouvement d'humanité.

Vivre l'attente de la remise des corps occasionne une souffrance supplémentaire, insidieuse, palpable à travers l'expression, surchargeant le pathos qui bloque les larmes, le cœur, les sens, la parole, bref qui vous laisse « kô kwazé » comme craché des chenilles d'un char ; et le corps devient un abîme de douleurs.

Une fois parmi nous, dans leur Martinique chérie, commencera l'évident travail de deuil auquel fait pendant : l'inévitable devoir de mémoire.
Car il importe que nos familles ne doivent plus être les éléments d'un jeu sacrificiel, comme ces jetons de machines à sous.
C'est donc par une lutte de tous les instants que les Anciens ont permis l'éclosion d'une société humaine harmonieuse malgré les sévices, le Mépris et l'opprobre.

C'est par une vigilance de Trigonocéphale (serpent venimeux de la Martinique) que les Anciens ont assis la base sociale qui permet aujourd'hui à chacun d'entre-nous de goûter un tant soit peu l'exquise bienfaisance d'un climat généreux.

C'est aussi par l'éducation stricte, mais juste, rigoureuse qui ne souffrait de répliques, de bougonnements, de « honk » et encore moins de velléités de désaccord que nous leurs devons notre fierté, notre identité où le respect, grande vertu fraternelle et de progrès, reste la pierre angulaire de notre « Tout-monde » cher à Edouard Glissant.

C'est donc à Nous les vivants de continuer inlassablement cet auto-contrôle citoyen, dans la sagesse, pour la continuité constructive de notre commune, de notre département.Et face aux reproches récurrents dus à notre couleur, à notre personne donc à notre humanité, nous nous devons de forcer ces barrières indignes d'une République plurielle.

C'est aussi par notre engagement formel et par le respect de la parole donnée que nous progresserons.
L'incontournable devoir de mémoire.Le devoir de mémoire est incontournable dans la mesure où il prolonge le travail de deuil et fixe les repères mémoriels qui interpellent chacun dans l'exercice de ses responsabilités.Il s'agit là d'un élément capital puisqu'il interroge en permanence sur les obligations de sécurité, de sûreté et de socialisation.

En ce sens, il accompagne visuellement, en un lieu unique, l'insoutenable travail de deuil.
Il relie au temps présent, la mémoire du temps au futur du temps.

Ce drame que l'on pouvait éviter est significatif dans la démarche mémorielle des vivants.
Car, outre le pays : le Panama, ils étaient aussi partis à la recherche du temps passé.La musique, le lien caribéen par excellence, par les apports de tous représente un accomplissement culturel.

Les grands de la salsa (vocable) nous enchantent toujours qui, d'un Rubén Blades (Barrio de San Felipe, ciudad de Panama - 16/07/1948) résumant ainsi que «la vida tiene sorpresas, sorpresa es la vida » à un Hector Lavoe, El Cantante de los Cantantes, de son vrai nom Ferez (Ponce, Porto-Rico : 30/09/46 - 30/06/93) dont le « Mi Gente » vaut bien toutes les intentions, et j'en passe.
Du temps jadis, les mêmes plantations, les mêmes exigences, les mêmes drames avec des maîtres différents et tous d'accord sur les méthodes assassines.

De gommiers en îles, d'îles en continent, les plus résistants ont pagayé vers des lieux plus propices de liberté jusqu'aux abolitions définitives.
La construction du Canal de Panama entreprise par Ferdinand de Lesseps (1881) se solde par un scandale politique et financier en 1892.
Les Américains reprennent les travaux qu'ils mènent à terme (1904-1914).Le chantier fut un bassin d'emplois pour tous les audacieux, bien des gens de chez nous en furent et certains n'en revinrent.Ce voyage avait valeur de lien par les cérémonies du souvenir, visites et rencontres.

Le devoir des vivants est désormais de prolonger cette démarche en prenant la décision solennelle de dresser une stèle sur les lieux de leur départ et en cela, soutenue et accompagnée par les Politiques de chaque commune, qui prendraient un arrêté en conséquence.

Ce monument du souvenir, véritable halte-mémoire en zone aéroportuaire, dressé à la conscience de chacun remplirait cette double fonction permanente : à ceux qui restent et qui partent de ne pas oublier et à ceux qui arrivent de savoir.
Sur cette problématique, ce n'est pas le nombre d'arrêtés municipaux qui compte mais le nécessaire Respect dû aux Nôtres, par delà toute idéologie, et donc gage d'un amour irréfragable qui traverse les âges depuis « nani nanan » (la nuit des temps).Les obligations de sécurité, de sûreté et de socialisation.Elles renvoient les prestataires au respect d'un contrat souscrit qui ne met pas en danger la vie du contractant.

Cela implique, au préalable, que l'état ait rempli le sien, par l'intermédiaire d'un organe institutionnel, en accréditant, après contrôle effectif, l'aéronef dans notre cas.

Il faut rappeler les mesures de sécurité drastiques imposées par le ministère des transports en matière de transports routiers scolaires et de voyageurs.
Elles imposent à l'ةtat de protéger ses ressortissants en évitant et/ou interdisant le survol de zones de « suspension de civilisation » (guerres) ou de tout lieu dont la situation de crise mettrait leurs vies en danger.

Rien n'arrive tout à fait par hasard.Quant à la socialisation, il (l'Etat) doit veiller au maintien du lien social entre tous les citoyens.Une région ne peut être lésée par rapport à une autre car ce serait faire mentir tant la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen que la Constitution elle-même.
La concurrence par la dérégulation aboutit à l'effet inverse sur nos lignes aériennes.

Elle a plutôt tendance à escamoter la continuité territoriale qui est un facteur de socialisation par excellence pour les régions ultra périphériques.Il est difficile d'imaginer cela sur les lignes ferroviaires de la S.N.C.F.

Le dessin de Joris