jeudi, avril 20, 2006

Lucien JOLET: 16 Août 2005. POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS.

Voilà bientôt deux mois qu'Elles, qu'Ils nous ont laissés.
Beaucoup d'entre-nous les côtoient tant est puissant l'amour qui nous unissait.
De cet amour magnifié par leur disparition, les plus proches les revoient en rêve.


Ils échangent, puis s'évanouissent, nous abandonnant, éveillés, peu ou prou rassurés, en tout état de cause, interrogateurs.


Des « instants de vie » bouleversent votre inconscient, il me semble les entendre parler, rire, vivre et l'on se surprend à répondre, on se déplace à leur intemporelle rencontre.

C'est quoi donc la vie ?

Certains ouvrent un livre de prières, d'autres évacuent silencieux, enfin essaient, d'autres encore, endoloris s'alanguissent.
Ils sont, comme suspendus entre hier (avant) et aujourd'hui (l'instant présent), dans l'invisibilité du demain.Dans cet espace abstrait, qui prend davantage de place par rapport à la quête du futur, il n'y a que le silence, rien que le silence, l'indéfectible silence.

D'existence point, vous êtes décontextualisés, sans aucun repère, happés par l'immatérialité, vous ne pouvez rien, l'intemporalité règne.
Quand enfin vous revenez du coma debout, l'angoisse prend le relais.
La question sans réponse vous taraude jusqu'à faire poindre en vous une haine sourde, vengeresse, totale.La vie d'un être humain peut-elle valoir « une poignée de dollars » ?

Car c'est bien de cela qu'il est question, du respect des normes existentielles pour préserver l'humanité des drames et des traumas « gratuits ».

L'être humain est-il devenu pour ses frères, les jetons du jackpot des casinos ?
Et si tel est le cas, comment a-t-on pu laisser faire et continuer à faire.
Notre société humaine serait-elle gérée par des « thanathocrates » ?
Oh ! Malédiction immanente, que ne peux-tu les frapper tous ?
Quelle dose de sang sera-t-il nécessaire pour arrêter ces dénis de l'humain qui induisent ces « massacres » télégéniques quotidiens ?
Qui peut œuvrer pour que la Terre cesse de devenir veuve ?

Le compassionnel de l'institution (cérémonie officielle), décrié par certains, vaut pour le réconfort qu'il apporte aux familles des victimes.

Il n'efface ni la douleur, et encore moins le sentiment d'injustice attaché à la méthodologie du drame (d'autres tragédies ont mis en lumière la dangerosité de la primauté de rentabilité sur la sécurité, autrement dit, tant que ça ne tombe pas...), toujours est-il que les prestataires sont tenus par une taxation plutôt draconienne dont les produits sont redistribués aux citoyens (un cercle vicieux/vertueux qui déresponsabilise et accrédite la culture de mort).

Ce sentiment d'injustice fait écho à celui né de l'occultation de l'histoire dont les comportements « ensauvagés » en recrudescence sont autant de béances douloureuses par le surgissement d'un passé, pas si lointain.

Un passé oralité qu'une transcription volontaire (hors la vision normative qui accrédite la colonisation positive — loi du 23 février 2005) étale au grand jour et permet l'expression d'une population infra-citoyenne.

Le compassionnel reconnaît donc implicitement la totalité des situations et des causes qui les génèrent.Il n'empêche qu'il a fallu la mobilisation des ultramarins et de la diaspora pour déclencher ce mouvement d'humanité.

Vivre l'attente de la remise des corps occasionne une souffrance supplémentaire, insidieuse, palpable à travers l'expression, surchargeant le pathos qui bloque les larmes, le cœur, les sens, la parole, bref qui vous laisse « kô kwazé » comme craché des chenilles d'un char ; et le corps devient un abîme de douleurs.

Une fois parmi nous, dans leur Martinique chérie, commencera l'évident travail de deuil auquel fait pendant : l'inévitable devoir de mémoire.
Car il importe que nos familles ne doivent plus être les éléments d'un jeu sacrificiel, comme ces jetons de machines à sous.
C'est donc par une lutte de tous les instants que les Anciens ont permis l'éclosion d'une société humaine harmonieuse malgré les sévices, le Mépris et l'opprobre.

C'est par une vigilance de Trigonocéphale (serpent venimeux de la Martinique) que les Anciens ont assis la base sociale qui permet aujourd'hui à chacun d'entre-nous de goûter un tant soit peu l'exquise bienfaisance d'un climat généreux.

C'est aussi par l'éducation stricte, mais juste, rigoureuse qui ne souffrait de répliques, de bougonnements, de « honk » et encore moins de velléités de désaccord que nous leurs devons notre fierté, notre identité où le respect, grande vertu fraternelle et de progrès, reste la pierre angulaire de notre « Tout-monde » cher à Edouard Glissant.

C'est donc à Nous les vivants de continuer inlassablement cet auto-contrôle citoyen, dans la sagesse, pour la continuité constructive de notre commune, de notre département.Et face aux reproches récurrents dus à notre couleur, à notre personne donc à notre humanité, nous nous devons de forcer ces barrières indignes d'une République plurielle.

C'est aussi par notre engagement formel et par le respect de la parole donnée que nous progresserons.
L'incontournable devoir de mémoire.Le devoir de mémoire est incontournable dans la mesure où il prolonge le travail de deuil et fixe les repères mémoriels qui interpellent chacun dans l'exercice de ses responsabilités.Il s'agit là d'un élément capital puisqu'il interroge en permanence sur les obligations de sécurité, de sûreté et de socialisation.

En ce sens, il accompagne visuellement, en un lieu unique, l'insoutenable travail de deuil.
Il relie au temps présent, la mémoire du temps au futur du temps.

Ce drame que l'on pouvait éviter est significatif dans la démarche mémorielle des vivants.
Car, outre le pays : le Panama, ils étaient aussi partis à la recherche du temps passé.La musique, le lien caribéen par excellence, par les apports de tous représente un accomplissement culturel.

Les grands de la salsa (vocable) nous enchantent toujours qui, d'un Rubén Blades (Barrio de San Felipe, ciudad de Panama - 16/07/1948) résumant ainsi que «la vida tiene sorpresas, sorpresa es la vida » à un Hector Lavoe, El Cantante de los Cantantes, de son vrai nom Ferez (Ponce, Porto-Rico : 30/09/46 - 30/06/93) dont le « Mi Gente » vaut bien toutes les intentions, et j'en passe.
Du temps jadis, les mêmes plantations, les mêmes exigences, les mêmes drames avec des maîtres différents et tous d'accord sur les méthodes assassines.

De gommiers en îles, d'îles en continent, les plus résistants ont pagayé vers des lieux plus propices de liberté jusqu'aux abolitions définitives.
La construction du Canal de Panama entreprise par Ferdinand de Lesseps (1881) se solde par un scandale politique et financier en 1892.
Les Américains reprennent les travaux qu'ils mènent à terme (1904-1914).Le chantier fut un bassin d'emplois pour tous les audacieux, bien des gens de chez nous en furent et certains n'en revinrent.Ce voyage avait valeur de lien par les cérémonies du souvenir, visites et rencontres.

Le devoir des vivants est désormais de prolonger cette démarche en prenant la décision solennelle de dresser une stèle sur les lieux de leur départ et en cela, soutenue et accompagnée par les Politiques de chaque commune, qui prendraient un arrêté en conséquence.

Ce monument du souvenir, véritable halte-mémoire en zone aéroportuaire, dressé à la conscience de chacun remplirait cette double fonction permanente : à ceux qui restent et qui partent de ne pas oublier et à ceux qui arrivent de savoir.
Sur cette problématique, ce n'est pas le nombre d'arrêtés municipaux qui compte mais le nécessaire Respect dû aux Nôtres, par delà toute idéologie, et donc gage d'un amour irréfragable qui traverse les âges depuis « nani nanan » (la nuit des temps).Les obligations de sécurité, de sûreté et de socialisation.Elles renvoient les prestataires au respect d'un contrat souscrit qui ne met pas en danger la vie du contractant.

Cela implique, au préalable, que l'état ait rempli le sien, par l'intermédiaire d'un organe institutionnel, en accréditant, après contrôle effectif, l'aéronef dans notre cas.

Il faut rappeler les mesures de sécurité drastiques imposées par le ministère des transports en matière de transports routiers scolaires et de voyageurs.
Elles imposent à l'ةtat de protéger ses ressortissants en évitant et/ou interdisant le survol de zones de « suspension de civilisation » (guerres) ou de tout lieu dont la situation de crise mettrait leurs vies en danger.

Rien n'arrive tout à fait par hasard.Quant à la socialisation, il (l'Etat) doit veiller au maintien du lien social entre tous les citoyens.Une région ne peut être lésée par rapport à une autre car ce serait faire mentir tant la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen que la Constitution elle-même.
La concurrence par la dérégulation aboutit à l'effet inverse sur nos lignes aériennes.

Elle a plutôt tendance à escamoter la continuité territoriale qui est un facteur de socialisation par excellence pour les régions ultra périphériques.Il est difficile d'imaginer cela sur les lignes ferroviaires de la S.N.C.F.

Le dessin de Joris